Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/371

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avoit fait amitié avec la fille d’un maçon, mon voisin, nommé Pilleu ; je la fis de même avec le père, & après avoir le matin dîné au château, non sans gêne, mais pour complaire à Mde. la Maréchale, avec quel empressement je revenois le soir souper avec le bon homme Pilleu & sa famille, tantôt chez lui, tantôt chez moi !

Outre ces deux logemens, j’en eus bientôt un troisième à l’hôtel de Luxembourg, dont les maîtres me pressèrent si fort d’aller les y voir quelquefois, que j’y consentis, malgré mon aversion pour Paris, où je n’avois été depuis ma retraite à l’Hermitage, que les deux seules fois dont j’ai parlé. Encore n’y allois-je que les jours convenus, uniquement pour souper, & m’en retourner le lendemain matin. J’entrois & sortois par le jardin qui donnoit sur le boulevard, de sorte que je pouvois dire, avec la plus exacte vérité, que je n’avois pas mis le pied sur le pavé de Paris.

Au sein de cette prospérité passagère se préparoit de loin la catastrophe qui devoit en marquer la fin. Peu de tems après mon retour à Mont-Louis, j’y fis, & bien malgré moi, comme à l’ordinaire, une nouvelle connoissance qui fait époque dans mon histoire. On jugera dans la suite si c’est en bien ou en mal. C’est Mde. la marquise de V

[erdeli] n, ma voisine, dont le mari venoit d’acheter une maison de campagne à S

[oisy] près de Montmorenci. Mlle.d’A

[rs] , fille du comte d’A

[rs] , homme de condition, mais pauvre, avoit épousé M. de V

[erdeli] n, vieux, laid, sourd, dur, brutal, jaloux, balafré, borgne, au demeurant bon homme quand on savoit le prendre, & possesseur de