Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/383

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ayant très-imprudemment offensé Mde. la princesse de Robeck, fille de M. de Luxembourg ; Palissot, qu’elle protégeoit, la vengea par la comédie des Philosophes, dans laquelle je fus tourné en ridicule, & Diderot extrêmement maltraité. L’auteur m’y ménagea davantage, moins, je pense, à cause de l’obligation qu’il m’avoit, que de peur de déplaire au pere de sa protectrice, dont il savoit que j’étois aimé. Le libraire Duchesne, qu’alors je ne connoissois point, m’envoya cette pièce quand elle fut imprimée, & je soupçonne que ce fut par l’ordre de Palissot, qui crut peut-être que je verrois avec plaisir déchirer un homme avec lequel j’avois rompu. Il se trompa fort. En rompant avec Diderot, que je croyois moins méchant qu’indiscret & foible, j’ai toujours conservé dans l’âme de l’attachement pour lui, même de l’estime, & du respect pour notre ancienne amitié, que je sais avoir été long-temps aussi sincère de sa part que de la mienne. C’est tout autre chose avec G[...], homme faux par caractère, qui ne m’aima jamais, qui n’est pas même capable d’aimer, & qui, de gaieté de cœur, sans aucun sujet de plainte, & seulement pour contenter sa noire jalousie, s’est fait, sous le masque, mon plus cruel calomniateur. Celui-ci n’est plus rien pour moi : l’autre sera toujours mon ancien ami. Mes entrailles s’émurent à la vue de cette odieuse pièce : je n’en pus supporter la lecture, & sans l’achever, je la renvoyai à Duchesne avec la lettre suivante.

À Montmorenci, le 21 Mai 1760.

"En parcourant, Monsieur, la pièce que vous m’avez