Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/384

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envoyée, j’ai frémi de m’y voir loué. Je n’accepte point cet horrible présent. Je suis persuadé qu’en me l’envoyant, vous n’avez point voulu me faire une injure ; mais vous ignorez ou vous avez oublié que j’ai eu l’honneur d’être l’ami d’un homme respectable, indignement noirci & calomnié dans ce libelle."

Duchesne montra cette lettre. Diderot, qu’elle auroit dû toucher, s’en dépita. Son amour-propre ne put me pardonner la supériorité d’un procédé généreux, & je sus que sa femme se déchaînoit partout contre moi avec une aigreur qui m’affecta peu, sachant qu’elle étoit connue de tout le monde pour une harengère.

Diderot à son tour, trouva un vengeur dans l’abbé Morellet, qui fit contre Palissot un petit écrit imité du Petit Prophète, & intitulé la Vision. Il offensa très imprudemment dans cet écrit Mde. de Robeck, dont les amis le firent mettre à la Bastille : car pour elle, naturellement peu vindicative, & pour lors mourante, je suis persuadé qu’elle ne s’en mêla pas.

D’Alembert, qui étoit fort lié avec l’abbé Morellet, m’écrivit pour m’engager à prier Mde. de Luxembourg de solliciter sa liberté, lui promettant, en reconnoissance, des louanges dans l’Encyclopédie. Voici ma réponse.

"Je n’ai pas attendu votre lettre, monsieur, pour témoigner à Mde. la maréchale de Luxembourg la peine que me faisoit la détention de l’abbé Morellet. Elle soit l’intérêt que j’y prends, elle saura celui que vous y prenez ; & il lui suffiroit pour y prendre intérêt elle-même, de