Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/403

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


nourriture. Hélas ! si j’en eusse été cru, le grand-père & le petit-fils seroient tous deux encore en vie. Que ne dis-je point, que n’écrivis-je point à M. le Maréchal, que de représentations ne fis-je point à Mde. de Montmorency, sur le régime plus qu’austère que, sur la foi de son médecin, elle faisoit observer à son fils ? Mde. de Luxembourg qui pensoit comme moi, ne vouloit point usurper l’autorité de la mère ; M. de Luxembourg, homme doux & foible, n’aimoit point à contrarier. Mde. de Montmorency avoit dans B..... une foi, dont son fils finit par être la victime. Que ce pauvre enfant étoit aise quand il pouvoit obtenir la permission de venir à Mont-Louis avec Mde. de Boufflers, demander à goûter à Thérèse, & mettre quelque aliment dans son estomac affamé ! Combien je déplorois en moi-même les misères de la grandeur, quand je voyois cet unique héritier d’un si grand bien, d’un si grand nom, de tant de titres & de dignités, dévorer avec l’avidité d’un mendiant un pauvre petit morceau de pain ! Enfin, j’eus beau dire & beau faire, le médecin triompha, & l’enfant mourut de faim.

La même confiance aux charlatans qui fit périr le petit-fils, creusa le tombeau du grand-père, & il s’y joignit de plus la pusillanimité de vouloir se dissimuler les infirmités de l’âge. M. de Luxembourg avoit eu par intervalles quelque douleur au gros doigt du pied ; il en eut une atteinte à Montmorency, qui lui donna de l’insomnie & un peu de fièvre. J’osai prononcer le mot de goutte ; Mde. de Luxembourg me tança. Le valet-de-chambre, chirurgien de M. le Maréchal, soutint que ce n’étoit pas la goutte, & se mit