Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/409

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manière de vivre, je le regardois d’avance comme le vengeur du public & le mien ; & mettant alors la dernière main au Contrat social, j’y marquai, dans un seul trait, ce que je pensois des précédens ministères & de celui qui commençoit à les éclipser. Je manquai, dans cette occasion, à ma plus constante maxime ; & de plus, je ne songeai pas que quand on veut louer ou blâmer fortement dans un même article sans nommer les gens, il faut tellement approprier la louange à ceux qu’elle regarde, que le plus ombrageux amour-propre ne puisse y trouver de qui-pro-quo. J’étois là-dessus dans une si folle sécurité, qu’il ne me vint pas même à l’esprit que quelqu’un pût prendre le change. On verra bientôt si j’eus raison.

Une de mes chances étoit d’avoir toujours dans mes liaisons des femmes auteurs. Je croyois au moins parmi les grands éviter cette chance. Point du tout : elle m’y suivit encore. Mde. de Luxembourg ne fut pourtant jamais, que je sache, atteinte de cette manie ; mais Mde. la comtesse de B.......s le fui. Elle fit une tragédie en prose, qui fut d’abord lue, promenée & prônée dans la société de M. le prince de Conti, & sur laquelle, non contente de tant d’éloges, elle voulut aussi me consulter pour avoir le mien. Elle l’eut, mais modéré, tel que le méritoit l’ouvrage. Elle eut, de plus, l’avertissement que je crus lui devoir, que sa pièce, intitulée l’Esclave généreux, avoit un très grand rapport à une pièce angloise, assez peu connue, mais pourtant traduite, intitulée Oroonoko. Mde. de B.......s me remercia de l’avis, en m’assurant toutefois que sa pièce ne ressembloit