Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/416

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de l’aveu & sous les yeux du magistrat, me le fit signer avec confiance. Duchesne me donnoit de ce manuscrit six mille francs, la moitié comptant, et, je crois, cent ou deux cents exemplaires. Après avoir signé les deux doubles, je les renvoyai tous deux à Mde. de Luxembourg, qui l’avoit ainsi désiré : elle en donna un à Duchesne, elle garda l’autre, au lieu de me le renvoyer, & je ne l’ai jamais revu.

La connoissance de M. & de Mde. de Luxembourg, en faisant quelque diversion à mon projet de retraite, ne m’y avoit pas fait renoncer. Même au tems de ma plus grande faveur auprès de Mde. la Maréchale, j’avois toujours senti qu’il n’y avoit que mon sincère attachement pour M. le Maréchal & pour elle qui pût me rendre leurs entours supportables ; & tout mon embarras étoit de concilier ce même attachement avec un genre de vie plus conforme à mon goût & moins contraire à ma santé, que cette gêne & ces soupers tenoient dans une altération continuelle, malgré tous les soins qu’on apportoit à ne pas m’exposer à la déranger : car sur ce point, comme sur tout autre, les attentions furent poussées aussi loin qu’il étoit possible ; et, par exemple, tous les soirs après souper, M. le Maréchal, qui s’alloit coucher de bonne heure, ne manquoit jamais de m’emmener bon gré mal gré, pour m’aller coucher aussi. Ce ne fut que quelque tems avant ma catastrophe qu’il cessa, je ne sais pourquoi, d’avoir cette attention.

Avant même d’apercevoir le refroidissement de Mde. la Maréchale, je désirais, pour ne m’y pas exposer, d’exécuter mon ancien projet ; mais les moyens me manquant pour cela, je fus obligé d’attendre la conclusion du traité de