Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/80

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très impatient d’en faire usage. J’eus, durant toute cette longue route, de petites aventures à Côme, en Valois & ailleurs. Je vis plusieurs choses, entre autres les îles Borromées, qui mériteroient d’être décrites ; mais le tems me gagne, les espions m’obsèdent ; je suis forcé de faire à la hâte & mal un travail qui demanderoit le loisir & la tranquillité qui me manquent. Si jamais la Providence, jetant les yeux sur moi, me procure enfin des jours plus calmes, je les destine à refondre, si je puis, cet ouvrage, ou à y faire du moins un supplément dont je sens qu’il a grand besoin.*

[*J’a renoncé à ce projet.]

Le bruit de mon histoire m’avoit devancé & en arrivant je trouvai que dans les bureaux & dans le public tout le monde étoit scandalisé des folies de l’ambassadeur. Malgré cela, malgré le cri public dans Venise, malgré les preuves sans réplique que j’exhibais, je ne pus obtenir aucune justice. Loin d’avoir ni satisfaction ni réparation, je fus même laissé à la discrétion de l’Ambassadeur pour mes appointemens & cela par l’unique raison que n’étant pas Français, je n’avois pas droit à la protection nationale & que c’étoit une affaire particulière entre lui & moi. Tout le monde convint avec moi que j’étois offensé, lésé, malheureux ; que l’Ambassadeur étoit un extravagant cruel, inique & que toute cette affaire le déshonoroit à jamais. Mais quoi ! Il étoit l’ambassadeur ; je n’étois, moi, que le secrétaire.

Le bon ordre, ou ce qu’on appelle ainsi, vouloit que je n’obtinsse aucune justice & je n’en obtins aucune. Je m’imaginai qu’à force de crier & de traiter publiquement ce fou