Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t16.djvu/81

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comme il le méritoit, on me diroit à la fin de me taire ; & c’étoit ce que j’attendais, bien résolu de n’obéir qu’après qu’on auroit prononcé. Mais il n’y avoit point alors de ministre des affaires étrangères. On me laissa clabauder, on m’encouragea même, on faisoit chorus ; mais l’affaire en resta toujours là, jusqu’à ce que, las d’avoir toujours raison & jamais justice, je perdis enfin courage & plantai là tout.

La seule personne qui me reçut mal & dont j’aurois le moins attendu cette injustice, fut Mde. de B[...]l. Toute pleine des prérogatives du rang & de la noblesse, elle ne put jamais se mettre dans la tête qu’un ambassadeur pût avoir tort avec son secrétaire. L’accueil qu’elle me fit fut conforme à ce préjugé. J’en fus si piqué, qu’en sortant de chez elle je lui écrivis une des fortes & vives lettres que j’aye peut-être écrites & n’y suis jamais retourné. Le P. Castel me reçut mieux ; mais à travers le patelinage jésuitique, je le vis suivre assez fidèlement une des grandes maximes de la Société, qui est d’immoler toujours le plus foible au plus puissant. Le vif sentiment de la justice de ma cause & ma fierté naturelle ne me laissèrent pas endurer patiemment cette partialité. Je cessai de voir le P. Castel, & par là d’aller aux Jésuites, où je ne connoissois que lui seul. D’ailleurs l’esprit tyrannique & intrigant de ses confrères, si différent de la bonhomie du bon pere Hemet, me donnoit tant d’éloignement pour leur commerce, que je n’en ai vu aucun depuis ce temps-là, si ce n’est le P. Berthier, que je vis deux ou trois fois chez M. D[...]n,