Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/100

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prétexte de crier à l’impie, je refusai net le ministre, & il s’en retourna mécontent, me faisant entendre que je m’en repentirois.

Il ne pouvoit pas m’interdire la communion de sa seule autorité : il falloit celle du Consistoire qui m’avoit admis, & tant que le Consistoire n’avoit rien dit, je pouvois me présenter hardiment sans crainte de refus. Montmollin se fit donner par la classe la commission de me citer au consistoire pour y rendre compte de ma foi, & de m’excommunier en cas de refus. Cette excommunication ne pouvoit non plus se faire que par le consistoire, & à la pluralité des voix. Mais les paysans qui, sous le nom d’anciens, composoient cette assemblée, présidés, & comme on comprend bien, gouvernés par leur ministre, ne devoient pas naturellement être d’un autre avis que le sien, principalement sur des matières théologiques, qu’ils entendoient encore moins que lui. Je fus donc cité, & je résolus de comparaître.

Quelle circonstance heureuse, & quel triomphe pour moi si j’avois su parler, & que j’eusse eu, pour ainsi dire, ma plume dans ma bouche ! Avec quelle supériorité, avec quelle facilité j’aurois terrassé ce pauvre ministre au milieu de ses six paysans ! L’avidité de dominer ayant fait oublier au clergé protestant tous les principes de la réformation, je n’avais, pour l’y rappeler, & le réduire au silence, qu’à commenter mes premières Lettres de la montagne, sur lesquelles ils avoient la bêtise de m’épiloguer. Mon texte étoit tout fait, je n’avois qu’à l’étendre, & mon homme étoit confondu. Je n’aurois pas été assez sot pour me tenir sur la défensive ;