Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/110

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l’occasion s’étant présentée d’en dire un mot dans les Lettres de la montagne, j’y insérai une petite note assez dédaigneuse qui mit V

[ernes] en fureur. Il remplit Genève des cris de sa rage, & d’I

[vernoi] s me marqua qu’il ne se possédoit pas. Quelque tems après parut une feuille anonyme, qui sembloit écrite, au lieu d’encre, avec l’eau du Phlégéton. On m’accusoit, dans cette lettre, d’avoir exposé mes enfans dans les rues, de traîner après moi une coureuse de corps de garde, d’être usé de débauche, pourri de vérole, & d’autres gentillesses semblables. Il ne me fut pas difficile de reconnoître mon homme. Ma premiere idée, à la lecture de ce libelle, fut de mettre à son vrai prix tout ce qu’on appelle renommée, & réputation parmi les hommes, en voyant traiter de coureur de bordel un homme qui n’y fut de sa vie, & dont le plus grand défaut fut toujours d’être timide, & honteux comme une vierge, & en me voyant passer pour être pourri de vérole, moi qui non seulement n’eus de mes jours la moindre atteinte d’aucun mal de cette espèce, mais que des gens de l’art ont même cru conformé de manière à n’en pouvoir contracter. Tout bien pesé, je crus ne pouvoir mieux réfuter ce libelle qu’en le faisant imprimer dans la ville où j’avois le plus vécu ; & je l’envoyai à Duchesne pour le faire imprimer tel qu’il étoit, avec un avertissement où je nommois M. V

[ernes] , & quelques courtes notes pour l’éclaircissement des faits. Non content d’avoir fait imprimer cette feuille, je l’envoyai à plusieurs personnes, & entre autres à M. le prince Louis de Wirtemberg, qui m’avoit fait des avances très honnêtes, & avec lequel j’étois alors en correspondance.