Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/124

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combinaisons qui accable de ses merveilles l’esprit de l’observateur. J’étois, & mon défaut de mémoire me devoit tenir toujours, dans cet heureux point d’en savoir assez peu pour que tout me fût nouveau, & assez pour que tout me fût sensible. Les divers sols dans lesquels l’isle, quoique petite, étoit partagée, m’offroient une suffisante variété de plantes pour l’étude, & pour l’amusement de toute ma vie. Je n’y voulois pas laisser un poil d’herbe sans analyse, & je m’arrangeois déjà pour faire, avec un recueil immense d’observations curieuses, la Flora Petrinsularis.

Je fis venir Thérèse avec mes livres & mes effets. Nous nous mîmes en pension chez le receveur de l’isle. Sa femme avoit à Nidau ses sœurs qui la venoient voir tour-à-tour, & qui faisoient à Thérèse une compagnie. Je fis là l’essai d’une douce vie dans laquelle j’aurois voulu passer la mienne, & dont le goût que j’y pris ne servit qu’à me faire mieux sentir l’amertume de celle qui devoit si promptement y succéder.

J’ai toujours aimé l’eau passionnément, & sa vue me jette dans une rêverie délicieuse, quoique souvent sans objet déterminé. Je ne manquois point à mon lever, lorsqu’il faisoit beau, de courir sur la terrasse humer l’air salubre, & frais du matin, & planer des yeux sur l’horizon de ce beau lac, dont les rives, & les montagnes qui le bordent enchantoient ma vue. Je ne trouve point de plus digne hommage à la Divinité que cette admiration muette qu’excite la contemplation de ses œuvres, & qui ne s’exprime point par des actes développés. Je comprends comment les habitans