Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/135

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jusqu’à ce que j’eusse des preuves solides que tout cela n’étoit pas un jeu pour me persifler. J’aurois extrêmement désiré une entrevue avec M. Buttafuoco ; c’étoit le vrai moyen d’en tirer les éclaircissemens dont j’avois besoin. Il me la fit espérer, & je l’attendois avec la plus grande impatience. Pour lui, je ne sais s’il en avoit véritablement le projet ; mais quand il l’auroit eu, mes désastres m’auroient empêché d’en profiter.

Plus je méditois sur l’entreprise proposée, plus j’avançois dans l’examen des pièces que j’avois entre les mains, & plus je sentois la nécessité d’étudier de près, & le peuple à instituer & le sol qu’il habitoit & tous les rapports par lesquels il lui falloit approprier cette institution. Je comprenois chaque jour davantage qu’il m’étoit impossible d’acquérir de loin toutes les lumières nécessaires pour me guider. Je l’écrivis à Buttafuoco ; il le sentit lui-même. Et si je ne formai pas précisément la résolution de passer en Corse, je m’occupai beaucoup des moyens de faire ce voyage. J’en parlai à M. Dastier, qui, ayant autrefois servi dans cette isle sous M. de Maillebois, devoit la connaître. Il n’épargna rien pour me détourner de ce dessein, & j’avoue que la peinture affreuse qu’il me fit des Corses & de leur pays, refroidit beaucoup le désir que j’avois d’aller vivre au milieu d’eux.

Mais quand les persécutions de Motiers me firent songer de quitter la Suisse, ce désir se ranima par l’espoir de trouver enfin chez ces insulaires ce repos qu’on ne vouloit me laisser nulle part. Une chose seulement m’effarouchoit sur ce voyage ;