Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/182

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jamais retenu de faire ce que j’ai cru bon & utile. Il y a long-temps que j’ai mis les hommes au pis, & puis je vois très-bien que cela ne sera que démasquer des haines qui couvent ; autant vaut les mettre à leur aise. Pouvez-vous croire que je ne m’apparçoive pas que ma réputation blesse les yeux de mes concitoyens, & que si Jean-Jaques n’étoit pas de Genève, Voltaire y eût été moins fêté ? Il n’y a pas une ville de l’Europe dont il ne me vienne des visites à Montmorenci, mais on n’y apperçoit jamais la trace d’un Genevois, & quand il y en est venu quelqu’un, ce n’a jamais été que des disciples de Voltaire qui ne sont venus que comme espions. Voilà, très -cher concitoyen, la véritable raison qui m’empêchera de jamais me retirer à Genève ; un seul haineux empoisonneroit tout le plaisir d’y trouver quelques amis. J’aime trop ma patrie pour supporter de m’y voir haï. Il vaut mieux vivre & mourir en exil. Dites-moi donc ce que je risque. Les bons sont à l’épreuve, & les autres me haïssent déjà. Ils prendront ce prétexte pour se montrer, & je saurai du moins à qui j’ai affaire. Du reste, nous n’en serons pas sitôt à la peine. Je vois moins clair que jamais dans le sort de mon livre, c’est un abîme de mystère où je ne saurois pénétrer. Cependant il est payé, du moins en partie, & il me semble que dans les actions des hommes, il faut toujours en dernier ressort remonter à la loi de l’intérêt. Attendons.

Le Contrat Social est imprimé, & vous en recevrez, par, l’envoi de Rey, douze exemplaires, francs de port, comme j’espère ; sinon vous aurez la bonté de m’envoyer la note