Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/198

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d’un homme sûr & d’un véritable ami : ce n’est pas d’aujourd’hui que je médite sur cette entreprise, qui n’est pas si légère qu’elle peut vous paroître, & je ne vois qu’un moyen de l’exécuter, duquel je voudrois raisonner avec vous. J’ai une chose à vous proposer. Dites-moi, cher M......u, si je reprenois assez de force pour être sur pied cet été, pourriez-vous vous ménager deux ou trois mois à me donner pour les passer à-peu-près tête-à-tête ? Je ne voudrois pour cela choisir ni Motiers, ni Zuric, ni Genève, mais un lieu auquel je pense, & où les importuns ne viendroient pas nous chercher, du moins de sitôt. Nous y trouverions un hôte & un ami, & même des sociétés très-agréables, quand nous voudrions un peu quitter notre solitude. Pensez à cela, & dites-m’en votre avis. Il ne s’agit pas d’un long voyage. Plus je pense à ce projet, & plus je le trouve charmant. C’est mon dernier château en Espagne dont l’exécution ne tient qu’à ma santé & à vos affaires. Pensez-y, & me répondez. Cher ami, que je vive encore deux mois, & je meurs content.

Vous me proposez d’aller près de Genève, chercher des secours à mes maux ! Et quels secours donc ? Je n’en connois point d’autres quand je souffre, que la patience & la tranquillité. Mes amis mêmes alors me sont insurportables, parce qu’il faut que je me gêne pour ne les pas affliger. Me croyez-vous donc de ceux qui méprisent la médecine quand ils se portent bien, & l’adorent quand ils sont malades ? Pour moi, quand je le suis, je me tiens coi, en attendant la mort ou la guérison. Si j’étois malade à Genève, c’est ici que je viendrois chercher les secours qu’il me faut.