Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/239

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je sais souffrir ; j’espère apprendre à mourir ; & qui fait cela n’a jamais besoin d’être lâche.

Il a fait jouer les pantins de Berne à l’aide de son ame damnée le Jésuite B....... d ; il joue à présent le même jeu en Hollande. Toutes les puissances plient sous l’ami des ministres tant politiques que presbytériens. À cela que puis-je faire ? Je ne doute presque pas du sort qui m’attend sur le canton de Berne, si j’y mets les pieds ; cependant j’en aurai le cœur net & je veux voir jusqu’où, dans ce siècle aussi doux qu’éclairé, la philosophie & l’humanité seront poussées. Quand l’inquisiteur Voltaire m’aura fait brûler, cela ne sera pas plaisant pour moi, je l’avoue ; mais avouez aussi que pour la chose, cela ne sauroit l’être plus.

Je ne fais pas encore ce que je deviendrai cet été. Je me sens ici trop près de Genève & de Berne, pour y goûter un moment de tranquillité. Mon corps y est en sûreté, mais mon ame y est incessamment bouleversée. Je voudrois trouver quelque asile où je pusse au moins achever de vivre en paix. J’ai quelque envie d’aller chercher en Italie une inquisition plus douce, & un climat moin rude. J’y suis désiré, & je suis sûr d’y être accueilli. Je ne me propose pourtant pas de me transplanter brusquement, mais d’aller seulement reconnoître les lieux, si mon état me le permet, & qu’on me laisse les passages libres, de quoi je doute. Le projet de ce voyage trop éloigné, ne me permet pas de songer à le faire avec vous, & je crains que l’objet qui me le faisoit surtout désirer, ne s’éloigne. Ce que j’avois besoin de connoître mieux, n’étoit assurément pas la conformité de nos