Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/280

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LETTRE À Mde. DE CRÉQUI.

Mai 1766.

Bien loin de vous oublier, Madame, je fais un de mes plaisir dans cette retraite de me rappeler les heureux temps de ma vie. Ils ont été rares & courts, mais leur souvenir les multiplie ; c’est le passé qui me rend le présent supportable, & j’ai trop besoin de vous pour vous oublier. Je ne vous écrirai pas pourtant, Madame, & je renonce à tout commerce de lettres, hors les cas d’absolue nécessité. Il est temps de chercher le repos, & je sens que je n’en puis avoir, qu’en renonçant à toute correspondance hors du lieu que j’habite. Je prends donc mon parti trop tard sans doute, mais assez tôt pour jouir des jours tranquilles qu’on voudra bien me laisser. Adieu, Madame, l’amitié dont vous m’avez honoré me sera toujours présente & chère, daignez aussi vous en souvenir quelquefois.