Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/282

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fait ? Et vous voyez comme ils m’ont traité. Mettez - vous à ma place, & dites - moi s’il est possible de vivre parmi des gens qui veulent assommer un homme sans grief, sans motif, sans plainte contre sa personne, & uniquement parce qu’il est malheureux. Je sens qu’il seroit à désirer pour l’honneur de ces Messieurs que je retournasse finir mes jours au milieu d’eux, je sens que je le désirerois

moi-même ; mais je sens aussi que ce seroit une haute folie à laquelle la prudence ne me permet pas de songer. Ce qui me reste à espérer en tout ceci est de conserver les amis que j’ai eu le bonheur d’y faire & d’être toujours aimé d’eux quoiqu’absent. Si quelque chose pouvoir me dédommager de leur commerce, ce seroit celui du galant homme dont j’habite la maison & qui n’épargne rien pour m’en rendre le séjour agréable ; tous les gentilshommes des environs, tous les ministres des paroisses voisines ont la bonté de me marquer des empressemens qui me touchent, en ce qu’ils me montrent la disposition générale du pays. Le peuple même, malgré mon équipage, oublie en ma faveur sa dureté ordinaire envers les étrangers ; Mde. De Luze vous dira comment est le pays ; enfin j’y trouverois de quoi n’en regretter aucun autre si j’étois plus près du soleil & de mes amis. Bonjour, Monsieur, je vous embrasse de tout mon cœur.