Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/287

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fait aller tout cela, qui me trouble encore. Cet homme a passé mes idées ; je n’en imaginois pas de faits comme lui. Mais parlons de nous. Il me manque de vous revoir pour chasser tout souvenir cruel de mon ame. Vous savez ce qu’il me faudroit de plus pour mourir heureux, & je suppose que vous avez reçu la lettre que je vous ai écrite par M. d’Ivernois : mais comme je regarde ce projet comme une belle chimère, je ne me flatte pas de le voir réaliser. Laissons la direction de l’avenir à la Providence. En attendant j’herborise, je me promène, je médite le grand projet dont je suis occupé, je compte même quand vous viendrez, pouvoir déjà vous remettre quelque chose ; mais la douce paresse me gagne chaque jour davantage, & j’ai bien de la peine à me mettre à l’ouvrage ; j’ai pourtant de l’étoffe assurément, & bien du désir de la mettre en œuvre. Mlle. le Vasseur est très-sensible à votre souvenir ; elle n’a pas appris un seul mot d’anglois ; j’en avois appris une trentaine à Londres, que j’ai tous oubliés ici, tant leur terrible barragouin est indéchiffrable à mon oreille. Ce qu’il y a de plaisant, est que pas une ame dans la maison, ne sait un mot de français. Cependant sans s’entendre, on va, & l’on vit. Bonjour.