Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/300

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jamais imprimée sans votre aveu,*

[*Cela s’entend de son vivant & du mien ; & assurément les plus exacts procédés, surtout avec un homme qui les foule tous aux pieds n’en sauroient, exiger davantage.] que je n’aurai pas l’indiscrétion de vous demander, sachant bien que ce qu’un homme écrit à un autre, il ne l’écrit pas au public. Mais si vous en vouliez faire une pour être publiée, & me l’adresser ; je vous promets de la joindre fidellement à ma lettre, & de n’y pas repliquer un seul mot.

Je ne vous aime point, Monsieur ; vous m’avez sait les maux qui pouvoient m’être les plus sensibles, à moi votre disciple & votre enthousiaste. Vous avez perdu Genève, pour le prix de l’asile que vous y avez reçu ; vous avez aliéné de moi mes concitoyens, pour le prix des applaudissemens que je vous ai prodigués parmi eux. C’est vous qui me rende le séjour de mon pays insupportable ; c’est vous qui me ferez mourir en terre étrangère, privé de toutes les consolations de mourans, & jeté pour tout honneur dans une voirie, tandis que vivant ou mort, tous les honneurs qu’un homme peut attendre, vous accompagneront dans mon pays. Je vous hais, enfin ; vous l’avez voulu : mais je vous hais en homme encore plus digne de vous aimer, si vous l’aviez voulu. De tous les sentimens dont mon cœur étoit pénétré pour vous, il n’y reste que l’admiration qu’on ne peut refuser à votre au génie, & l’amour de vos écrits. Si je ne puis honorer en vous que vos talens, ce n’est pas ma faute. Je ne manquerai jamais au respect que je leur dois, ni aux procédés que ce respect exige. Adieu, Monsieur.