Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/31

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


ne me disoit rien du tout. Il me sembloit qu’elle auroit dû me dire quelque chose. Mde. de B.......s paroissoit moins tranquille. Elle alloit & venoit avec un air d’agitation, se donnant beaucoup de mouvement, & m’assurant que M. le prince de Conti s’en donnoit beaucoup aussi, pour parer le coup qui m’étoit préparé, & qu’elle attribuoit toujours aux circonstances présentes, dans lesquelles il importoit au parlement de ne pas se laisser accuser par les Jésuites, d’indifférence sur la religion. Elle paroissoit, cependant, peu compter sur les démarches du prince & des siennes. Ses conversations, plus alarmantes que rassurantes, tendoient toutes à m’engager à la retraite, & elle me conseilloit toujours l’Angleterre où elle m’offroit beaucoup d’amis, entre autres le célèbre Hume, qui étoit le sien depuis long-temps. Voyant que je persistois à rester tranquille, elle prit un tour plus capable de m’ébranler. Elle me fit entendre que si j’étois arrêté & interrogé, je me mettois dans la nécessité de nommer Mde. de Luxembourg, & que son amitié pour moi méritoit bien que je ne m’exposasse pas à la compromettre. Je répondis qu’en pareil cas, elle pouvoit rester tranquille, & que je ne la compromettrois point. Elle répliqua que cette résolution étoit plus facile à prendre qu’à exécuter ; & en cela elle avoit raison, sur-tout pour moi, bien déterminé à ne jamais me parjurer ni mentir devant les juges, quelque risque qu’il pût y avoir à dire la vérité.

Voyant que cette réflexion m’avoit fait quelque impression, sans cependant que je pusse me résoudre à fuir, elle me parla de la Bastille pour quelques semaines, comme d’un