Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/314

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LETTRE À Mr. LALIAUD.

À Wootton le 15 Novembre 1766.

À peine nous connoissons-nous, Monsieur, & vous me rendez les plus vrais service de l’amitié : ce zèle est donc moins pour moi que pour la chose,& m’en est d’un plus grand prix. Je vois que ce même amour de la justice qui brûla toujours dans mon cœur, brûle aussi dans le vôtre : rien ne lie tant les ames que cette conformité. La nature nous fit amis ; nous ne sommes ni vous, ni moi disposés à l’en dédire. J’ai reçu le paquet que vous m’avez envoyé par la voie de M. Dutens ; c’est à mon avis la plus sûre. Le duplicata m’a pourtant déjà été annoncé, & je ne doute pas qu’il ne me parvienne. J’admire l’intrépidité des auteurs de cet ouvrage, & surtout s’ils le laissent répandre à Londres, ce qui me paroît difficile à empêcher. Du reste, ils peuvent faire & dire tout à leur aise : pour moi je n’ai rien à dire de M. Hume, sinon, que je le trouve bien insultant pour un bon homme, & bien bruyant pour un philosophe. Bonjour, Monsieur, je vous aimerai toujours, mais je ne vous écrirai pas à moins de nécessité. Cependant, je serois bien aise par précaution d’avoir votre adresse. Je vous embrasse de tout mon cœur, & vous prie de dire à M. Sauttershaim que je suis sensible à son souvenir, & n’ai point oublié notre ancienne amitié. Je suis aussi surpris que fâché qu’avec de l’esprit,