Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/401

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quelques vrais qu’ils soyent, ne laissent pas ces déchiremens de cœur qui le sont saigner durant toute la vie, par la rupture de la plus douce habitude qu’il puisse contracter. Toutes mes blessures saigneront, j’en conviens, le reste de mes jours ; mais mes erreurs du moins sont bien guéries, la cicatrice est faite de ce côté-là. Je vous embrasse.

LETTRE À Mr. MOULTOU.

À Bourgoin le 5 Novembre 1768.

Vous avez fait, cher Moultou, une perte que tous vos amis & tous les honnêtes gens doivent pleurer avec vous, & j’en ai fait une particulière dans votre digne père par les sentimens dont il m’honoroit, & dont tant de faux amis, dont je suis la victime, m’ont bien fait connoître le prix. C’est ainsi, cher Moultou, que je meurs en détail dans tous ceux qui m’aiment, tandis que ceux qui me haïssent & me trahissent semblent trouver dans l’âge, & dans les années une nouvelle vigueur pour me tourmenter. Je vous entretiens de ma perte au lieu de parler de la vôtre : mais la véritable douleur qui n’a point de consolation ne sait guère en trouver pour autrui ; on console les indifférent, mais on s’afflige avec ses amis. Il me semble que si j’étois près de vous, que nous nous embrassassions, que nous pleurassions deux sans nous rien dire, nos cœurs se seroient beaucoup dit.