Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/405

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LETTRE À Mr. LALIAUD.

À Bourgoin le 7 Novembre 1768.

Depuis ma dernière lettre, Monsieur, j’ai reçu d’un ami l’incluse qui a fort augmenté mon regret d’avoir pris mon parti si brusquement. La situation charmante de ce château de Lavagnac, le maître auquel il appartient, l’honnête homme qu’il a pour agent, la beauté, la douceur du climat si convenable à mon pauvre corps délabré, le lieu assez solitaire pour être tranquille, & pas assez pour être un désert ; tout cela, je vous l’avoue, si je passe en Angleterre, ou même à Mahon, car j’ai proposé l’alternative, tout cela, dis-je, me sera souvent tourner les yeux & soupirer vers cet agréable asile si bien fait pour me rendre heureux, si l’on m’y laissoit en paix. Mais j’ai écrit ; si l’ambassadeur me répond honnêtement, me voilà engagé ; j’aurais l’air de me moquer de lui si je changeois de résolution, & d’ailleurs ce seroit en quelque sorte marquer peu d’égard pour le passe-port que M. de Choiseul a eu la bonté de m’envoyer à ma prière. Les ministres sont trop occupés, & d’affaires trop importantes, pour qu’il soit permis de les importuner inutilement. D’ailleurs, plus je regarde autour de moi, plus je vois avec certitude qu’il se brasse quelque chose, sans que je puisse deviner quoi. Thevenin n’a pas été apposté pour rien, il y avoit dans cette farce ridicule, quelque vue qu’il m’est impossible