Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/407

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quelques jours de prison. Vous sentez bien que c’est ce que je n’ai pas accepté, & que ce n’est pas de quoi il étoit question. Vous ne sautiez imaginer les angoisses que m’a donné cette sotte affaire, non pour ce misérable, à qui je n’aurois pas daigné répondre, mais pour ceux qui l’ont apposté, & que rien n’étoit plus aisé que de démarquer si on l’eût voulu. Rien ne m’a mieux fait sentir combien je suis inepte & bête en pareil cas, le seul à la vérité, de ces espèce où je me sois jamais trouvé. J’étois navré, consterne, presque tremblant ; je ne savois ce que le disois en questionnant l’imposteur ; & lui tranquille & calme dans ses absurdes mensonges, portoit dans l’audace du crime, tout l’apparence de la sécurité des innocens. Au reste, j’ai fait passer à M. de Tonnerre l’arrêt imprimé concernant ce misérable, qu’un ami m’a envoyé, & par lequel M. de Tonnerre a pu voir que ceux qui avoient mis cette homme en jeu avoient su choisir un sujet expérimenté dans ces sortes d’affaires.

Je ne me trouvai jamais dans des embarras pareils à ceux où je suis, & jamais je ne me sentis plus tranquille. Je ne vois d’aucun côté nul espoir de repos ; & loin de me désespérer, mon cœur me dit que mes maux touchent à leur fin. Il en seroit bien temps, je vous assure. Vous voyez, Monsieur, comment je vous écris, comment je vous charge de mille soins, comment je remets mon sort en vos mains, & à vous seul. Si vous n’appelez pas cela de la confiance & de l’amitié aussi bien que de l’importunité, & de l’indiscrétion peut - être, vous avez tort. Je vous embrasse de tout mon cœur.