Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/431

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LETTRE À Mr. MOULTOU.

À Monquin le 8 Septembre 1769.

Sans une foulure à la main, cher Moultou, qui me fait souffrir depuis plusieurs jours, je me livrerois à mon aise au plaisir de causer avec vous ; mais je ne désespère pas d’en retrouver une occasion plus commode. En attendant recevez mon remercîment de votre bon souvenir & de celui de Mde. Moultou, dont je me consolerai difficilement d’avoir été si près, sans la voir. Je veux croire qu’elle a quelque part au plaisir que vous m’avez fait de m’amener votre fils, & cela m’a rendu plus touchante la vue de cet aimable enfant. Je suis fort aise qu’il soit un peu jaloux, dans ce qu’il fait, de mon approbation. Il lui est toujours aisé de s’en assurer par la vôtre : car sur ce point comme sur beaucoup d’autres, nous ne saurions penser différemment vous & moi.

Je ne suis point surpris de ce que vous me marquez des dispositions secrètes des gens qui vous entourent. Il y a longtemps qu’ils ont changé le patriotisme en égoïsme, & l’amour prétendu du bien public n’est plus dans leurs cœurs, que la haine des partis. Garantissez le vôtre, ô cher Moultou, de ce sentiment pénible, qui donne toujours plus de tourment que de jouissance, & qui lors-même qu’il l’assouvit, venge dans le cœur de celui qui l’éprouve, le mal qu’il fait