Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/443

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Je suis sensible à la bonté que vous avez de vouloir bien écrire à Mde. de Portland & à M. de Tressan. L’équité, l’amitié dicteront vos lettres ; je ne suis pas en peine de ce que vous direz. Ce que vous me dites de l’antérieure impression des lettres du dernier, disculpe absolument R** sur cet article, mais n’infirme point au reste les fortes raison que j’ai de le tenir tout au moins pour suspect ; & je connois trop bien les gens à qui j’ai à faire, pour pouvoir croire que, songeant à tant de monde & à tant de choses, ils aient oublié cet homme-là. Ce que vous a dit M. G***. du bruit qu’il fait de son amitié pour moi, n’est pas propre à m’y donner plus de confiance. Cette affectation est singulièrement dans le plan de ceux qui disposent de moi. C***. y brilloit par excellence, & jamais il ne parloit de moi sans verser des larmes de tendresse. Ceux qui m’aiment véritablement se gardent bien, dans les circonstances présentes, de se mettre en avant avec tant d’emphase. Ils gémissent tout bas au contraire, observent & se taisent, jusqu’à ce que le temps soit venu de parler.

Voilà, cher Moultou, ce que je vous prie & vous conseille de faire. Vous compromettre ne seroit pas me servir. Il y a quinze ans qu’on travaille sous terre ; les main qui se prêtent à cette œuvre de ténèbre, la rendent trop redoutable pour qu’il soit permis à nul honnête homme d’en approcher pour l’examiner. Il faut pour monter sur la mine, attendre qu’elle ait fait son explosion ; & ce n’est plus ma personne qu’il faut songer à défendre, c’est ma mémoire. Voilà cher Moultou, ce que j’ai toujours attendu de vous. Ne