Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/55

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non plus déguiser ses torts, si tant est même qu’un changement involontaire dans les affections du cœur soit un vrai tort. Depuis long-tems je m’appercevois de l’attiédissement du sien. Je sentois qu’elle n’étoit plus pour moi ce qu’elle fut dans nos belles années, & je le sentois d’autant mieux que j’étois le même pour elle toujours. Je retombai dans le même inconvénient dont j’avois senti l’effet auprès de maman, & cet effet fut le même auprès de Thérèse : N’allons pas chercher des perfections hors de la nature ; il seroit le même auprès de quelque femme que ce fût. Le parti que j’avois pris à l’égard de mes enfans, quelque bien raisonné qu’il m’eût paru, ne m’avoit pas toujours laissé le cœur tranquille. En méditant mon traité de l’éducation, je sentis que j’avois négligé des devoirs dont rien ne pouvoit me dispenser. Le remords enfin devint si vif, qu’il m’arracha presque l’aveu public de ma faute au commencement de l’Emile, & le trait même est si clair, qu’après un tel passage il est surprenant qu’on oit eu le courage de me la reprocher. Ma situation, cependant, étoit alors la même, & pire encore par l’animosité de mes ennemis, qui ne cherchoient qu’à me prendre en faute. Je craignis la récidive, & n’en voulant pas courir le risque, j’aimai mieux me condamner à l’abstinence que d’exposer Thérèse à se voir derechef dans le même cas. J’avois d’ailleurs remarqué que l’habitation des femmes empiroit sensiblement mon état : cette double raison m’avoit fait former des résolutions que j’avois quelquefois assez mal tenues ; mais dans lesquelles je persistois avec plus de constance depuis trois ou quatre ans ;