Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/64

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


tranquille, je pris l’habit arménien. Ce n’étoit pas une idée nouvelle. Elle m’étoit venue diverses fois dans le cours de ma vie, & elle me revint souvent à Montmorency, où le fréquent usage des sondes, me condamnant à rester souvent dans ma chambre, me fit mieux sentir tous les avantages de l’habit long. La commodité d’un tailleur arménien, qui venoit souvent voir un parent qu’il avoit à Montmorency, me tenta d’en profiter pour prendre ce nouvel équipage, au risque du qu’en dira-t-on, dont je me souciois très peu. Cependant, avant d’adopter cette nouvelle parure, je voulus avoir l’avis de Mde. de Luxembourg, qui me conseilla fort de la prendre. Je me fis donc une petite garde-robe arménienne ; mais l’orage excité contre moi m’en fit remettre l’usage à des tems plus tranquilles, & ce ne fut que quelques mais après que, forcé par de nouvelles attaques de recourir aux sondes, je crus pouvoir, sans aucun risque, prendre ce nouvel habillement à Motiers, sur-tout après avoir consulté le pasteur du lieu, qui me dit que je pouvois le porter au temple même sans scandale. Je pris donc la veste, le cafetan, le bonnet fourré, la ceinture ; & après avoir assisté dans cet équipage au service divin, je ne vis point d’inconvénient à le porter chez milord maréchal. Son Excellence, me voyant ainsi vêtu, me dit, pour tout compliment salamaleki, après quoi tout fut fini, & je ne portai plus d’autre habit.

Ayant quitté tout-à-fait la littérature, je ne songeai plus qu’à mener une vie tranquille & douce autant qu’il dépendroit de moi. Seul, je n’ai jamais connu l’ennui, même dans le plus parfait désœuvrement : mon imagination remplissant