Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/69

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


piquer, & j’eus l’ineptie de ne vouloir point aller à Neuchâtel, résolution que je tins près de deux ans, comme si ce n’étoit pas trop honorer de pareilles espèces que de faire attention à leurs procédés, qui, bons ou mauvais, ne peuvent leur être imputés, puisqu’ils n’agissent jamais que par impulsion. D’ailleurs, des esprits sans culture & sans lumière, qui ne connoissent d’autre objet de leur estime, que le crédit, la puissance & l’argent, sont bien éloignés même de soupçonner qu’on doive quelque égard aux talens, & qu’il y oit du déshonneur à les outrager.

Un certain maire de village qui pour ses malversations avoit été cassé, disoit au lieutenant du Val-de-Travers, mari de mon Isabelle : On dit que ce Rousseau a tant d’esprit ; amenez-le-moi, que je voye si cela est vrai. Assurément, les mécontentemens d’un homme qui prend un pareil ton doivent peu fâcher ceux qui les éprouvent.

Sur la façon dont on me traitoit à Paris, à Genève, à Berne, à Neuchâtel même, je ne m’attendois pas à plus de ménagement de la part du pasteur du lieu. Je lui avois cependant été recommandé par Mde. Boy-de-la-Tour, & il m’avoit fait beaucoup d’accueil ; mais dans ce pays où l’on flatte également tout le monde, les caresses ne signifient rien. Cependant après ma réunion à l’église réformée, vivant en pays réformé, je ne pouvois, sans manquer à mes engagemens, & à mon devoir de citoyen, négliger la profession du culte où j’étois entré : j’assistois donc au service Devin. D’un autre côté, je craignois, en me présentant à la table sacrée, de m’exposer à