Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/70

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


l’affront d’un refus, & il n’étoit nullement probable qu’après le vacarme fait à Genève par le Conseil, & à Neuchâtel par la Classe, il voulût m’administrer tranquillement la Cène dans son église. Voyant donc approcher le temps de la communion, je pris le parti d’écrire à M. de Montmollin (c’étoit le nom du ministre), pour faire acte de bonne volonté, & lui déclarer que j’étois toujours uni de cœur à l’église protestante ; je lui dis en même temps, pour éviter des chicanes sur des articles de foi, que je ne voulois aucune explication particulière sur le dogme. M’étant ainsi mis en règle de ce côté, je restai tranquille, ne doutant pas que M. de Montmollin ne refusât de m’admettre sans la discussion préliminaire, dont je ne voulois point, & qu’ainsi tout fût fini sans qu’il y eût de ma faute. Point du tout : au moment où je m’y attendois le moins, M. de Montmollin vint me déclarer, non seulement qu’il m’admettoit à la communion sous la clause que j’y avois mise, mais, de plus, que lui, & ses anciens se faisoient un grand honneur de m’avoir dans son troupeau. Je n’eus de mes jours pareille surprise, ni plus consolante. Toujours vivre isolé sur la terre me paroissoit un destin bien triste, sur-tout dans l’adversité. Au milieu de tant de proscriptions, & de persécutions, je trouvois une douceur extrême à pouvoir me dire : Au moins je suis parmi mes frères ; & j’allai communier avec une émotion de cœur, & des larmes d’attendrissement, qui étoient peut-être la préparation la plus agréable à Dieu qu’on y pût porter.

Quelque temps après, milord m’envoya une lettre de