Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/91

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malgré quelques démonstrations affectées & toujours plus rares, elle cacha moins de jour en jour son changement à mon égard. Elle m’écrivit quatre ou cinq fois en Suisse, de tems à autre, après quoi elle ne m’écrivit plus du tout ; & il falloit toute la prévention, toute la confiance, tout l’aveuglement où j’étois encore, pour ne pas voir en elle plus que du refroidissement envers moi.

Le libraire Guy, associé de Duchesne, qui depuis moi fréquentoit beaucoup l’hôtel de Luxembourg, m’écrivit que j’étois sur le testament de M. le Maréchal. Il n’y avoit rien là que de très naturel & de très croyable ; ainsi je n’en doutai pas. Cela me fit délibérer en moi-même comment je me comporterois sur le legs. Tout bien pesé, je résolus de l’accepter, quel qu’il pût être, & de rendre cet honneur à un honnête homme qui, dans un rang où l’amitié ne pénètre guère, en avoit eu une véritable pour moi. J’ai été dispensé de ce devoir, n’ayant plus entendu parler de ce legs vrai ou faux ; & en vérité j’aurois été peiné de blesser une des grandes maximes de ma morale, en profitant de quelque chose à la mort de quelqu’un qui m’avoit été cher. Durant la dernière maladie de notre ami Mussard, Lenieps me proposa de profiter de la sensibilité qu’il marquoit à nos soins, pour lui insinuer quelques dispositions en notre faveur. Ah ! cher Lenieps, lui dis-je, ne souillons pas par des idées d’intérêt les tristes mais sacrés devoirs que nous rendons à notre ami mourant, j’espère n’être jamais dans le testament de personne, & jamais du moins dans celui d’aucun de mes amis. Ce fut à-peu-près dans ce même temps-ci, que