Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t17.djvu/90

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jeune homme, je ne cesserai jamais de croire qu’il étoit bien né, & que tout le désordre de sa conduite fut l’effet des situations où il s’est trouvé.

Telles furent les acquisitions que je fis à Motiers en fait de liaisons, & de connaissances. Qu’il en auroit fallu de pareilles pour compenser les cruelles pertes que je fis dans le même temps !

La premiere fut celle de M. de Luxembourg qui, après avoir été tourmenté long-temps par les médecins, fut enfin leur victime, traité de la goutte, qu’ils ne voulurent point reconnaître, comme d’un mal qu’ils pouvoient guérir.

Si l’on doit s’en rapporter là-dessus à la relation que m’en écrivit la Roche, l’homme de confiance de Mde. la Maréchale, c’est bien par cet exemple, aussi cruel que mémorable, qu’il faut déplorer les misères de la grandeur.

La perte de ce bon seigneur me fut d’autant plus sensible, que c’étoit le seul ami vrai que j’eusse en France, & la douceur de son caractère étoit telle, qu’elle m’avoit fait oublier tout à fait son rang, pour m’attacher à lui comme à mon égal. Nos liaisons ne cessèrent point par ma retraite, & il continua de m’écrire comme auparavant.

Je crus pourtant remarquer que l’absence ou mon malheur avoit attiédi son affection. Il est bien difficile qu’un courtisan garde le même attachement pour quelqu’un qu’il soit être dans la disgrâce des puissances. J’ai jugé d’ailleurs que le grand ascendant qu’avoit sur lui Mde. de Luxembourg ne m’avoit pas été favorable, & qu’elle avoit profité de mon éloignement pour me nuire dans son esprit. Pour elle,