Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/122

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que je fonds en larmes ; on me regarde, j’entre dans une allée pour échapper aux spectateurs ; là je partage ton attendrissement ; j’embrasse avec transport cet heureux pere que je connois à peine, & la voix de la nature me rappelant au mien, je donne de nouvelles pleurs à sa mémoire honorée.

Et que vouliez-vous apprendre, incomparable fille, dans mon vain & triste savoir ? Ah ! c’est de vous qu’il faut apprendre tout ce qui peut entrer de bon, d’honnête, dans une ame humaine, & sur-tout ce divin accord de la vertu, de l’amour & de la nature, qui ne se trouve jamais qu’en vous ! Non, il n’y a point d’affection saine qui n’ait sa place dans votre cœur, qui ne s’y distingue par la sensibilité qui vous est propre ; &, pour savoir moi-même régler le mien, comme j’ai soumis toutes mes actions à vos volontés, je vois bien qu’il faut soumettre encore tous mes sentimens aux vôtres.

Quelle différence pourtant de votre état au mien, daignez le remarquer ! Je ne parle point du rang & de la fortune, l’honneur & l’amour doivent en cela suppléer à tout. Mais vous êtes environnée de gens que vous chérissez & qui vous adorent ; les soins d’une tendre mere, d’un pere dont vous êtes l’unique espoir ; l’amitié d’une cousine qui semble ne respirer que par vous ; toute une famille dont vous faites l’ornement ; une ville entiere fiere de vous avoir vue naître, tout occupe & partage votre sensibilité, & ce qu’il en reste à l’amour n’est que la moindre partie de ce que lui ravissent les droits du sang & de l’amitié. Mais moi, Julie, hélas ! errant, sans famille, & presque sans patrie, je n’ai que vous