Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/184

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combien vous surpassez les turbulens plaisirs, & la gaieté folâtre, & la joie emportée, & tous les transports qu’une ardeur sans mesure offre aux désirs effrénés des amans ! paisible & pure jouissance qui n’a rien d’égal dans la volupté des sens, jamais, jamais ton pénétrant souvenir ne s’effacera de mon cœur ! Dieux ! quel ravissant spectacle ou plutôt quelle extase, de voir deux beautés si touchantes s’embrasser tendrement, le visage de l’une se pencher sur le sein de l’autre, leurs douces larmes se confondre, & baigner ce sein charmant comme la rosée du Ciel humecte un lis fraîchement éclos ! J’étois jaloux d’une amitié si tendre ; je lui trouvois je ne sais quoi de plus intéressant que l’amour même, & je me voulois une sorte de mal de ne pouvoir t’offrir des consolations aussi chéres, sans les troubler par l’agitation de mes transports. Non, rien, rien sur la terre n’est capable d’exciter un si voluptueux attendrissement que vos mutuelles caresses, & le spectacle de deux amans eût offert à mes yeux une sensation moins délicieuse.

Ah ! qu’en ce moment j’eusse été amoureux de cette aimable cousine, si Julie n’eût pas existé. Mais non, c’étoit Julie elle-même qui répandoit son charme invincible sur tout ce qui l’environnoit. Ta robe, ton ajustement, tes gants, ton éventail, ton ouvrage, tout ce qui frappoit autour de toi mes regards enchantoit mon cœur, & toi seule faisois tout l’enchantement. Arrête, ô ma douce amie ! à force d’augmenter mon ivresse tu m’ôterois le plaisir de la sentir. Ce que tu me fois éprouver approche d’un vrai délire, & je crains d’en perdre enfin la raison. Laisse-moi du moins