Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/213

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de ton cœur, & qui portent toujours avec eux le charme & le feu des caracteres sensibles.

LETTRE XLIX. DE JULIE.

Tu sais bien, mon ami, que je ne puis t’écrire qu’à la dérobée, & toujours en danger d’être surprise. Ainsi, dans l’impossibilité de faire de longues lettres, je me borne à répondre à ce qu’il y a de plus essentiel dans les tiennes, ou à suppléer à ce que je n’ai pu te dire dans des conversations non moins furtives de bouche que par écrit. C’est ce que je ferai, sur-tout aujourd’hui que deux mots au sujet de Milord Edouard me font oublier le reste de ta lettre.

Mon ami, tu crains de me perdre & me parles de chansons ! belle matiere à tracasserie entre amans qui s’entendroient moins. Vraiment, tu n’es pas jaloux, on le voit bien ; mais pour le coup je ne serois pas jalouse moi-même, car j’ai pénétré dans ton ame & ne sens que ta confiance où d’autres croiroient sentir ta froideur. Ô la douce & charmante sécurité que celle qui vient du sentiment d’une union parfaite ! C’est par elle, je le sais, que tu tires de ton propre cœur le bon témoignage du mien, c’est par elle aussi que le mien te justifie, & je te croirois bien moins amoureux si je te voyois plus alarmé.

Je ne sais, ni ne veux savoir, si Milord Edouard a d’autres