Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/214

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attentions pour moi que celles qu’ont tous les hommes pour les personnes de mon âge ; ce n’est point de ses sentimens qu’il s’agit, mais de ceux de mon pere & des miens ; ils sont aussi d’accord sur son compte que sur celui des prétendus prétendans, dont tu dis que tu ne dis rien. Si son exclusion & la leur suffisent à ton repos, sois tranquille. Quelque honneur que nous fît la recherche d’un homme de ce rang, jamais du consentement du pere ni de la fille, Julie d’Etange ne sera Ladi Bomston. Voilà sur quoi tu peux compter.

Ne va pas croire qu’il ait été pour cela question de Milord Edouard, je suis sûre que de nous quatre tu es le seul qui puisse même lui supposer du goût pour moi. Quoi qu’il en soit, je sais à cet égard la volonté de mon pere sans qu’il en ait parlé ni à moi ni à personne, & je n’en serois pas mieux instruite quand il me l’auroit positivement déclarée. En voilà assez pour calmer tes craintes, c’est-à-dire autant que tu en dois savoir. Le reste seroit pour toi de pure curiosité, & tu sais que j’ai résolu de ne la pas satisfaire. Tu as beau me reprocher cette réserve & la prétendre hors de propos dans nos intérêts communs. Si je l’avois toujours eue, elle me seroit moins importante aujourd’hui. Sans le compte indiscret que je te rendis d’un discours de mon pere, tu n’aurois point été te désoler à Meillerie ; tu ne m’eusses point écrit la lettre qui m’a perdue ; je vivrois innocente & pourrois encore aspirer au bonheur. Juge par ce que me coûte une seule indiscrétion, de la crainte que je dois avoir d’en commettre d’autres ! Tu as trop d’emportement pour