Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/235

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qui se suffit à lui-même ! je veux jouir, & tu veux aimer ; j’ai des transports & toi de la passion ; tous mes emportemens ne valent pas ta délicieuse langueur, & le sentiment dont ton cœur se nourrit est la seule félicité suprême. Ce n’est que d’hier seulement que j’ai goûté cette volupté si pure. Tu m’as laissé quelque chose de ce charme inconcevable qui est en toi, & je crois qu’avec ta douce haleine tu m’inspirois une ame nouvelle. Hâte-toi, je t’en conjure, d’achever ton ouvrage. Prends de la mienne tout ce qui m’en reste, & mets tout-à-fait la tienne à la place. Non, beauté d’ange, ame céleste ; il n’y a que des sentimens comme les tiens qui puissent honorer tes attraits. Toi seule es digne d’inspirer un parfait amour, toi seul es propre à le sentir. Ah ! donne-moi ton cœur, ma Julie, pour t’aimer comme tu le mérites.

LETTRE LVI. DE CLAIRE À JULIE.

J’ai, ma chere cousine, à te donner un avis qui t’importe. Hier au soir ton ami eut avec Milord Edouard un démêlé qui peut devenir sérieux. Voici ce que m’en a dit M. d’Orbe, qui étoit présent, & qui, inquiet des suites de cette affaire est venu ce matin m’en rendre compte.

Ils avoient tous deux soupé chez Milord, & après une heure ou deux de musique ils se mirent à causer & boire du