Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/247

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de couvrir de quelques affaires d’honneur l’infamie de leur vie entiere ? Est-ce à vous d’imiter de tels hommes ? Mettons encore à part les militaires de profession qui vendent leur sang à prix d’argent ; qui, voulant conserver leur place, calculent par leur intérêt ce qu’ils doivent à leur honneur, & savent à un écu près ce que vaut leur vie. Mon ami, laissez battre tous ces gens là. Rien n’est moins honorable que cet honneur dont ils font si grand bruit ; ce n’est qu’une mode insensée, une fausse imitation de vertu qui se pare des plus grands crimes. L’honneur d’un homme comme vous n’est point au pouvoir d’un autre, il est en lui-même & non dans l’opinion du peuple ; il ne se défend ni par l’épée ni par le bouclier, mais par une vie integre & irréprochable, & ce combat vaut bien l’autre en fait de courage.

C’est par ces principes que vous devez concilier les éloges que j’ai donnés dans tous les tems à la véritable valeur avec le mépris que j’eus toujours pour les faux braves. J’aime les gens de cœur & ne puis souffrir les lâches ; je romprois avec un amant poltron que la crainte feroit fuir le danger, & je pense comme toutes les femmes que le feu du courage anime celui de l’amour. Mais je veux que la valeur se montre dans les occasions légitimes, & qu’on ne se hâte pas d’en faire hors de propos une vaine parade, comme si l’on avoit peur de ne la pas retrouver au besoin. Tel fait un effort & se présente une fois pour avoir droit de se cacher le reste de sa vie. Le vrai courage a plus de constance & moins d’empressement ; il est toujours ce qu’il doit être ; il ne faut ni l’exciter ni le retenir ; l’homme de bien le porte par-tout avec lui ; au