Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/248

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combat contre l’ennemi ; dans un cercle en faveur des absens & de la vérité ; dans son lit contre les attaques de la douleur & de la mort. La force de l’ame qui l’inspire est d’usage dans tous les tems ; elle met toujours la vertu au-dessus des événemens, & ne consiste pas à se battre, mais à ne rien craindre. Telle est, mon ami, la sorte de courage que j’ai souvent louée, & que j’aime à trouver en vous. Tout le reste n’est qu’étourderie, extravagance, férocité, c’est une lâcheté de s’y soumettre, & je ne méprise pas moins celui qui cherche un péril inutile, que celui qui fuit un péril qu’il doit affronter.

Je vous ai fait voir, si je ne me trompe, que dans votre démêlé avec Milord Edouard, votre honneur n’est point intéressé ; que vous compromettez le mien en recourant à la voie des armes ; que cette voie n’est ni juste, ni raisonnable, ni permise ; qu’elle ne peut s’accorder avec les sentimens dont vous faites profession ; qu’elle ne convient qu’à de malhonnêtes gens qui font servir la bravoure de supplément aux vertus qu’ils n’ont pas, ou aux Officiers qui ne se battent point par honneur mais par intérêt ; qu’il y a plus de vrai courage à la dédaigner qu’à la prendre ; que les inconvéniens auxquels on s’expose en la rejetant sont inséparables de la pratique des vrais devoirs & plus apparens que réels ; qu’enfin les hommes les plus prompts à y recourir sont toujours ceux dont la probité est la plus suspecte. D’où je conclus que vous ne sauriez en cette occasion ni faire ni accepter un appel, sans renoncer en même tems à la raison, à la vertu, à l’honneur, & à moi. Retournez mes raisonnemens comme