Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/259

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avoit déjà donnée, il a ajouté qu’une demi-satisfaction étoit indigne d’un homme de courage ; qu’il la faloit complete ou nulle ; de peur qu’on ne s’avilît sans rien réparer, & qu’on ne fît attribuer à la crainte une démarche faite à contre-cœur & de mauvaise grâce. D’ailleurs, a-t-il ajouté, ma réputation est faite ; je puis être juste sans soupçon de lâcheté ; mais vous qui êtes jeune & débutez dans le monde, il faut que vous sortiez si net de la premiere affaire, qu’elle ne tente personne de vous en susciter une seconde. Tout est plein de ces poltrons adroits qui cherchent, comme on dit, à tâter leur homme, c’est-à-dire à découvrir quelqu’un qui soit encore plus poltron qu’eux, & aux dépens duquel ils puissent se faire valoir. Je veux éviter à un homme d’honneur comme vous la nécessité de châtier sans gloire un de ces gens là, & j’aime mieux, s’il sont besoin de leçon qu’ils la reçoivent de moi que de vous ; car une affaire de plus n’ôte rien à celui qui en a déjà eu plusieurs : Mais en avoir une est toujours une sorte de tache, & l’amant de Julie en doit être exempt.

Voilà l’abrégé de ma longue conversation avec Milord Edouard. j’ai cru nécessaire de t’en rendre compte afin que tu me prescrives la maniere dont je dois me comporter avec lui.

Maintenant que tu dois être tranquillisée, chasse je t’en conjure, les idées funestes qui t’occupent depuis quelques jours. Songe aux ménagemens qu’exige l’incertitude de ton état actuel. Oh si bientôt tu pouvois tripler mon être ! Si bientôt un gage adoré… espoir déjà trop déçu viendrois-tu m’abuser encore ?… ô désirs ! ô crainte ! ô perplexités ! Charmante