Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/289

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page n’a pas encore été corrigée


veuve & de l’orphelin, dont l’humanité ne me permet pas de rien aliéner. Je lui a rappellé son voyage du Valais, ta lettre & la précision de tes ordres. Les mêmes raisons subsistent…Les mêmes ! a-t-il interrompu d’un ton d’indignation. La peine de mon refus étoit de ne la plus voir : qu’elle me laisse donc rester, & j’accepte. Si j’obéis pourquoi me punit-elle ? Si je refuse que me fera-t-elle de pis ?… Les mêmes ! répétoit-il avec impatience. Notre union commençoit ; elle est prête à finir ; peut-être vais-je pour jamais me séparer d’elle ; il n’y a plus rien de commun entre elle & moi ; nous allons être étrangers l’un à l’autre. Il a prononcé ces derniers mots avec un tel serrement de cœur, que j’ai tremblé de le voir retomber dans l’état d’où j’avois eu tant de peine à le retirer. Vous êtes un enfant, ai-je affecté de lui dire d’un air riant ; vous avez encore besoin d’un tuteur, & je veux être le vôtre. Je vais garder ceci ; & pour en disposer à propos dans le commerce que nous allons avoir ensemble, je veux être instruite de toutes vos affaires. Je tâchois de détourner ainsi ses idées funestes par celle d’une correspondance familiere continuée entre nous, & cette ame simple, qui ne cherche pour ainsi dire qu’à s’accrocher à ce qui t’environne, a pris aisément le change. Nous nous sommes ensuite ajustés pour les adresses de lettres, & comme ces mesures ne pouvoient que lui être agréables, j’en ai prolongé le détail jusqu’à l’arrivée de M. d’Orbe, qui m’a fait signe que tout étoit prêt.

Ton ami a facilement compris de quoi il s’agissoit ; il a