Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/288

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terre aucun monument de mon bonheur ; il a disparu comme un songe qui n’eut jamais de réalité.

Il me restoit à exécuter la derniere partie de ta commission, & je n’ai pas cru qu’apres l’union dans laquelle vous avez vécu, il falut à cela ni préparatif ni mystere. Je n’aurois pas même évité un peu d’altercation sur ce léger sujet pour éluder celle qui pourroit renaître sur celui de notre entretien. Je lui ai reproché sa négligence dans le soin de ses affaires. Je lui ai dit que tu craignois que de long-tems il ne fût plus soigneux, & qu’en attendant qu’il le devînt tu lui ordonnois de se conserver pour toi, de pourvoir mieux à ses besoins, & de se charger à cet effet du supplément que j’avois à lui remettre de ta part. Il n’a ni paru humilié de cette proposition, ni prétendu en faire une affaire. Il m’a dit simplement que tu savois bien que rien ne lui venoit de toi qu’il ne reçût avec transports mais que ta précaution étoit superflue, & qu’une petite maison qu’il venoit de vendre à Grandson [1], reste de son chétif patrimoine, lui avoit procuré plus d’argent qu’il n’en avoit possédé de sa vie. D’ailleurs, a-t-il ajouté, j’ai quelques talens dont je puis tirer par-tout des ressources. Je serai heureux de trouver dans leur exercice quelque diversion à mes maux ; & depuis que j’ai vu de plus près l’usage que Julie fait de son superflu, je le regarde comme le trésor sacré de la

  1. Je suis un peu en peine de savoir comment cet amant anonyme, qu’il sera dit ci-après n’avoir pas encore 24 ans, a pu vendre une maison n’étant pas majeur. Ces lettres sont si pleines de semblables absurdités que je n’en parlerai plus, il suffit d’en avoir averti.