Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/29

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lettres, de style épistolaire ? En écrivant à ce qu’on aime, il est bien question de cela ! ce ne sont plus des lettres que l’on écrit, ce sont des Hymnes.

N. Citoyen, voyons votre pouls.

R. Non : voyez l’hiver sur ma tête. Il est un age pour l’expérience ; un autre pour le souvenir. Le sentiment s’éteint à la fin ; mais l’ame sensible demeure toujours.

Je reviens à nos lettres. Si vous les lisez comme l’ouvrage d’un Auteur qui veut plaire, ou qui se pique d’écrire, elles sont, détestables. Mais prenez-les pour ce qu’elles sont, & jugez-les dans leur espece. Deux ou trois jeunes gens simples, mais sensibles, s’entretiennent entre eux des intérêts de leurs cœurs. Ils ne songent point à briller aux yeux les uns des autres. Ils se connoissent & s’aiment trop mutuellement pour que l’amour-propre ait plus rien à faire entre eux. Ils sont enfans, penseront-ils en hommes ? Ils sont étrangers, écriront-ils correctement ? Ils sont solitaires, connoitront-ils le monde & la sociéte ? Pleins du seul sentiment