Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/28

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lettres, si les pensées sont communes, le style pourtant n’est pas familier, & ne doit pas l’être. L’amour n’est qu’illusion ; il se fait, pour ainsi dire, un autre Univers ; il s’entoure d’objets qui ne sont point, ou auxquels lui seul a donné l’être ; & comme il rend tous ses sentimens en images, son langage est toujours figuré. Mais ces figures sont sans justesse & sans suite ; son éloquence est dans son désordre ; il prouve d’autant plus qu’il raisonné moins. L’enthousiasme est le dernier degré de la passion. Quand elle est à son comble, elle voit son objet parfait ; elle en fait alors son idole ; elle le place dans le Ciel ; & comme l’enthousiasme de la dévotion emprunte le langage de l’amour, I’enthousiasme de l’amour emprunte aussi le langage de la dévotion. Il ne voit plus que le Paradis, les Anges, les vertus des Saints, les délices du séjour céleste. Dans ces transports,entouré de si hautes images, en parlera-t-il en termes rampans ? Se résoudra-t-il d’abaisser, d’avilir ses idées par des expressions vulgaires ? N’élevera-t-il pas son style ? Ne lui donnera-t-il pas de la noblesse, de la dignité ? Que parlez-vous de