Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/337

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m’a données ; je vis combien il a rassemblé de sentimens & de vertus autour de moi pour rendre mes remords plus amers & ma bassesse plus méprisable. Dites, quelle est donc cette mortelle unique dont le moindre empire est dans sa beauté & qui, semblable aux puissances éternelles, se fait également adorer & par les biens & par les maux qu’elle fait ? Hélas ! elle m’a tout ravi, la cruelle & je l’en aime davantage. Plus elle me rend malheureux, plus je la trouve parfaite. Il semble que tous les tourmens qu’elle me cause soient pour elle un nouveau mérite auprès de moi. Le sacrifice qu’elle vient de faire aux sentimens de la nature me désole & m’enchante ; il augmente à mes yeux le prix de celui qu’elle a fait à l’amour. Non, son cœur ne sait rien refuser quine fasse valoir ce qu’il accorde.

Et vous, digne & charmante cousine, vous, unique & parfait modele d’amitié, qu’on citera seule entre toutes les femmes & que les cœurs qui ne ressemblent pas au vôtre oseront traiter de chimere ; ah ! ne me parlez plus de philosophie : je méprise ce trompeur étalage qui ne consiste qu’en vains discours ; ce fantôme qui n’est qu’une ombre, qui nous excite à menacer de loin les passions & nous laisse comme un faux brave à leur approche. Daignez ne pas m’abandonner à mes égarements ; daignez rendre vos anciennes bontés à cet infortuné qui ne les mérite plus, mais qui les désire plus ardemment & en a plus besoin que jamais ; daignez me rappeler à moi-même & que votre douce voix supplée en ce cœur malade à celle de la raison.

Non, je l’ose espérer, je ne suis point tombé dans un