Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/336

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de ce discours je ne sais quoi qui n’étoit pas d’un perfide : le son de sa voix me remua le cœur ; je n’eus pas jetté les yeux sur les siens que tous mes soupçons se dissiperent & je commençai de voir avec effroi mon extravagance.

Il s’apperçut à l’instant de ce changement, il me tendit la main : Venez, me dit-il ; si votre retour n’eût précédé ma justification, je ne vous aurois vu de ma vie. À présent que vous êtes raisonnable, lisez cette lettre & connoissez une fois vos amis.Je voulus refuser de la lire ; mais l’ascendant que tant d’avantages lui donnoient sur moi le lui fit exiger d’un ton d’autorité que, malgré mes ombrages dissipés, mon désir secret n’appuyoit que trop.

Imaginez en quel état je me trouvai après cette lecture, qui m’apprit les bienfaits inouis de celui que j’osois calomnier avec tant d’indignité. Je me précipitai à ses pieds : & le cœur chargé d’admiration, de regrets & de honte, je serrois ses genoux de toute ma force sans pouvoir proférer un seul mot. Il reçut mon repentir comme il avoit reçu mes outrages & n’exigea de moi, pour prix du pardon qu’il daigna m’accorder, que de ne m’opposer jamais au bien qu’il voudroit me faire. Ah ! qu’il fasse désormais ce qu’il lui plaira : son ame sublime est au-dessus de celle des hommes & il n’est pas plus permis de résister à ses bienfaits qu’à ceux de la Divinité.

Ensuite il me remit les deux lettres qui s’adressoient à moi, lesquelles il n’avoit pas voulu me donner avant d’avoir lu la sienne & d’être instruit de la résolution de votre cousine. Je vis, en les lisant, quelle amante & quelle amie le Ciel