Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/348

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LETTRE XII.


À JULIE.


Ô qual fiamma di gloria, d’onore,
Scorrer sento per tutte le vene,
Alma grande, parlando con te ! [1]

Julie, laisse-moi respirer ; tu fais bouillonner mon sang, tu me fais tressaillir, tu me fais palpiter ; ta lettre brûle comme ton cœur du saint amour de la vertu & tu portes au fond du mien son ardeur céleste. Mais pourquoi tant d’exhortations où il ne faloit que des ordres ? Crois que si je m’oublie au point d’avoir besoin de raisons pour bien faire, au moins ce n’est pas de ta part ; ta seule volonté me suffit. Ignores-tuque je serai toujours ce qu’il te plaira & que je ferois le mal même avant de pouvoir te désobéir ? Oui, J’aurois brûlé le Capitole si tu me l’avois commandé, parce que je t’aime plus que toutes choses. Mais sais-tu bien pourquoi je t’aime ainsi ? Ah ! fille incomparable ! c’est parce que tu ne peux rien vouloir que d’honnête & que l’amour de la vertu rend plus invincible celui que j’ai pour tes charmes.

Je pars, encouragé par l’engagement que tu viens de prendre & dont tu pouvois t’épargner le détour ; car promettre de n’être à personne sans mon consentement, n’est-ce pas promettre de n’être qu’à moi ? Pour moi, je le dis plus

  1. Ô de quelle flamme d’honneur & de gloire je sens embraser tout mon sang, ame grande, en parlant avec toi !