Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/349

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librement & je t’en donne aujourd’hui ma foi d’homme de bien, qui ne sera point violée : j’ignore dans la carriere où je vais m’essayer pour te complaire, à quel sort la fortune m’appelle ; mais jamais les nœuds de l’amour ni de l’hymen ne m’uniront à d’autres qu’à Julie d’Etange ; je ne vis, je n’existe que pour elle & mourrai libre ou son époux. Adieu ; l’heure presse & je pars à l’instant.

LETTRE XIII. À JULIE.

J’arrivai hier au soir à Paris & celui qui ne pouvoit vivre séparé de toi par deux rues en est maintenant à plus de cent lieues. Ô Julie ! plains-moi, plains ton malheureux ami. Quand mon sang en longs ruisseaux auroit tracé cette route immense, elle m’eût paru moins longue & je n’aurois pas senti défaillir mon ame avec plus de langueur. Ah ! si du moins je connoissois le moment qui doit nous rejoindre ainsi que l’espace qui nous sépare, je compenserois l’éloignement des lieux par le progres du tems, je compterois dans chaque jour ôté de ma vie les pas qui m’auroient rapproché de toi. Mais cette carriere de douleurs est couverte des ténebres de l’avenir ; le terme qui doit la borner se dérobe à mes foibles yeux. Ô doute ! ô supplice ! mon cœur inquiet te cherche & ne trouve rien. Le soleil se leve & ne me rend plus l’espoir de te voir ; il se couche & je ne t’ai point vue ;