Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/368

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y a dix jours que tout cela étoit vrai ; mais qui me répondra d’aujourd’hui ? Ô absence ! ô tourment ! ô bizarre & funeste état où l’on ne peut jouir que du moment passé & où le présent n’est point encore !

Quand tu ne m’aurois pas parlé de l’inséparable, J’aurois reconnu sa malice dans la critique de ma relation & sa rancune dans l’apologie du Marini ; mais, s’il m’étoit permis de faire la mienne, je ne resterois pas sans réplique.

Premierement, ma cousine (car c’est à elle qu’il faut répondre), quant au style, j’ai pris celui de la chose ; j’ai tâché de vous donner à la fois l’idée & l’exemple du ton des conversations à la mode ; & suivant un ancien précepte, je vous ai écrit à peu près comme on parle en certaines sociétés. D’ailleurs ce n’est pas l’usage des figures, mais leur choix, que je bl ame dans le cavalier Marin. Pour peu qu’on ait de chaleur dans l’esprit, on a besoin de métaphores & d’expressions figurées pour se faire entendre. Vos lettres mêmes en sont pleines sans que vous y songiez & je soutiens qu’il n’y a qu’un géometre & un sot qui puissent parler sans figures. En effet, un même jugemen n’est-il pas susceptible de cent degré de force ? & comment déterminer celui de ces degré qu’il doit avoir, sinon par le tour qu’on lui donne ? Mes propres phrases me font rire, je l’avoue & je les trouve absurdes, grace au soin que vous avez pris de les isoler ; mais laissez-les où je les ai mises, vous les trouverez claires & même énergiques. Si ces yeux éveillés que vous savez si bien faire parler étoient séparés