Page:Rousseau - Collection complète des œuvres t2.djvu/370

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Je ne conçois pas comment vous avez pu prendre toutes deux le change sur mon objet. Ce ne sont point les François que je me suis proposé d’observer : car si le caractere des nations ne peut se déterminer que par leurs différences, comment moi qui n’en connois encore aucune autre, entreprendrois-je de peindre celle-ci ? Je ne serois pas non plus si maladroit que de choisir la capitale pour le lieu de mes observations. Je n’ignore pas que les capitales different moins entre elles que les peuples & que les caracteres nationaux s’y effacent & confondent en grande partie, tant à cause de l’influence commune des cours qui se ressemblent toutes, que par l’effet commun d’une société nombreuse & resserrée, qui est le même à peu près sur tous les hommes & l’emporte à la fin sur le caractere originel.

Si je voulois étudier un peuple, c’est dans les provinces reculées, où les habitans ont encore leurs inclinations naturelles, que j’irois les observer. Je parcourrois lentement & avec soin plusieurs de ces provinces, les plus éloignées les unes des autres ; toutes les différences que j’observerois entre elles me donneroient le génie particulier de chacune ; tout ce qu’elles auroient de commun & que n’auroient pas les autres peuples, formeroit le génie national & ce qui se trouveroit partout appartiendroit en général à l’homme. Mais je n’ai ni ce vaste projet ni l’expérience nécessaire pour le suivre. Mon objet est de connoître l’homme & ma méthode de l’étudier dans ses diverses relations. Je ne l’ai vu jusqu’ici qu’en petites sociétés, épars & presque isolé sur la terre. Je vais maintenant le considérer entassé par multitudes